Peu de conseils sont aussi consensuels : il faudrait boire huit verres d’eau par jour, ou un litre et demi, sans compter le thé ni le café qui, dit-on, « ne comptent pas ». Chacune de ces affirmations mérite d’être reprise.
Une règle dont personne ne retrouve la source
Le physiologiste américain Heinz Valtin a cherché, au début des années 2000, l’origine scientifique du « 8×8 » — huit verres de huit onces. Il n’en a trouvé aucune. La piste la plus vraisemblable renvoie à une recommandation de 1945 d’un conseil de nutrition américain, qui évaluait les besoins hydriques à environ un millilitre par calorie consommée, soit près de 2,5 litres. La phrase suivante, systématiquement oubliée dans les reprises, précisait que la plus grande partie de cette quantité est contenue dans les aliments préparés.
Un conseil raisonnable a donc été amputé de sa seconde moitié, puis répété pendant soixante-dix ans.
Ce que disent les autorités aujourd’hui
L’Autorité européenne de sécurité des aliments retient des apports adéquats de l’ordre de 2 litres par jour pour les femmes et 2,5 litres pour les hommes. Deux précisions changent tout :
- Ce sont des apports totaux, boissons et aliments confondus. Les aliments fournissent en général 20 à 30 % du total — une soupe, un yaourt, des fruits et des légumes pèsent lourd.
- Toutes les boissons comptent, y compris le thé et le café. L’effet diurétique de la caféine, aux doses habituelles, ne compense pas le volume de liquide ingéré. L’idée qu’un café « déshydrate » est fausse.
Ce sont par ailleurs des valeurs de population, pour un climat tempéré et une activité modérée. Elles ne constituent pas un objectif individuel à cocher.
La soif fait très bien son travail
Chez l’adulte en bonne santé, la régulation de l’eau corporelle est d’une précision remarquable : la soif se déclenche pour une variation d’osmolarité de l’ordre de 1 à 2 %. Boire quand on a soif, et un peu à chaque repas, suffit dans l’immense majorité des situations. La couleur des urines — claires à jaune paille — reste un repère simple et fiable, à l’exception près de certains compléments vitaminiques qui les colorent vivement.
Les situations où l’on ne peut pas s’en remettre à la soif
La règle a de vraies exceptions, et elles méritent d’être connues plutôt que noyées dans un conseil général :
- Les personnes âgées. La sensation de soif s’émousse avec l’âge ; il faut alors proposer à boire régulièrement, sans attendre la demande.
- Les nourrissons et les jeunes enfants, qui ne peuvent pas réclamer efficacement.
- Fortes chaleurs, fièvre, effort prolongé, travail physique : les pertes augmentent vite et devancent la soif.
- Certaines pathologies et certains traitements imposent au contraire de limiter les apports. La consigne vient alors du médecin, pas d’un article.
À l’autre extrémité, boire massivement sans soif n’apporte aucun bénéfice, et l’excès d’eau ingérée très rapidement peut, dans de rares cas, provoquer une hyponatrémie sévère. L’eau n’est pas une vertu à maximiser.
Et les promesses annexes ?
Boire davantage ne fait pas maigrir, n’élimine pas de mystérieuses « toxines » — les reins et le foie s’en chargent —, et n’améliore pas la peau chez une personne déjà normalement hydratée. Ce sont des arguments de vente pour bouteilles et applications de suivi, pas des résultats. En revanche, remplacer une boisson sucrée par de l’eau reste, lui, un geste dont l’intérêt est solidement établi. C’est le genre d’arbitrage discret qu’on retrouve dans nos repères pour bien manger au travail.
L’essentiel
Le « 8×8 » est une phrase orpheline, coupée de son contexte. Deux à deux litres et demi d’apport total, aliments compris, boissons chaudes incluses : voilà l’ordre de grandeur. Buvez quand vous avez soif, surveillez la couleur de vos urines, et redoublez d’attention pour les enfants, les aînés et les jours de chaleur. Le reste est du marketing. L’équilibre, sans dogme.
Le Juste Milieu partage des repères d’équilibre au quotidien, sans visée médicale. Insuffisance rénale ou cardiaque, traitement diurétique : suivez les consignes de votre médecin, qui priment sur tout repère général.
— La rédaction du Juste Milieu

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